mercredi, 14 septembre 2016 09:11

A Lomé, la prostitution prend de l’ampleur

© Afreepress (Lomé, le 14 septembre 2016)-Lomé, capitale du Togo à l’instar des autres capitales des pays de la sous-région ouest africaine présente l’image d’une ville cosmopolite. Découvrir Lomé, c’est découvrir la diversité et la complexité de cette ville.

Indiscutablement, Lomé est l’une des villes les plus touristiques de l’Afrique de l’ouest calquées à l’africaine jumelant tour à tour tradition et modernité à l’image d’autres villes de l’Europe. Une ville ouverte, moderne avec des hôtels splendides mais qui cache mal un fléau grandissant, la prostitution qui est érigé en véritable système.

C’est ce qui se vend mieux actuellement à Lomé, la prostitution vit à Lomé. Une balade en ville a tenu toutes ses promesses. Itinéraire à suivre, le boulevard du 13 janvier, Déckon, sur cet axe routier comparable à la rue princesse à Abidjan, les professionnels de sexe ont élu domicile.

Que ce soit hommes d’affaires, jeunes et vieux, chacun trouve pour ses bourses. Avec un simple billet de 1000 FCFA ou de 2000 FCFA, on est servi à sa soif.

A Lomé pour les milliers de touristes qui se prêtent chaque année, passage obligé par la place Déckon et son ambiance de fou à couper le souffle. Depuis quelques années, un autre visage s’offre aux visiteurs, Agoé et ses périphéries, un quartier en plein essor.

Ce type de prostitution s’est délocalisé dans les banlieues de Lomé. Un peu plus loin de Déckon, à Bè, à Nyékanokpoè, à Kodjoviakopé et à Agoè se trouve également une autre colonie de prostitués d’une autre classe, les prostitués VIP.

Chaque soir entre 14 et 15 heures, autour d’une bière fraîche, un étrange manège se met en place, les filles qui attendent d’être abordées par des hommes. Un verre offert en échange de leur numéro de téléphone, un grand cœur et surtout un sourire dans l’espoir de se revoir un peu plus tard dans la nuit, un racolage discret et sans équivoque.

Une fois la nuit tombée, Agoè se transforme en un grand bazar du sexe avec ces « night clubs » et ses coins de danse où l’on expose la nudité de la femme ou encore l’on propose des « extras ».

Dans l’une des « night club », plusieurs dizaine de filles en tenue sexy se déhanchent ou prennent la pause en attendant un partenaire. L’entrée est payante pour les hommes mais gratuite pour les filles. C’est une sorte de « pass » pour les garçons afin de trouver une « proie ».

Les toutes premières filles abordées lèvent toute ambigüité. La prostitution est devenue un moyen de sortir de la misère pour ces filles, en réalité bien souvent un piège. Elles sont des centaines voir des milliers pour le seul quartier d’Agoè à faire commerce de leur corps pour subvenir à leur besoin.

Annick et Sandra, deux sœurs prostituées se confient !

Annick et Sandra, deux (2) prostituées abordées donnent les raisons qui les ont poussées à exercer ce « métier ». Les raisons évoquées par ces prostituées sont diverses. D’aucuns parlent de manque de moyens financiers et d’autres de manque de satisfécit.

« Moi je rêvais d’être une hôtesse de l’air et elle une styliste. Après la mort de notre père, notre mère ne pouvait plus toute seule faire face aux besoins de la famille en plus notre frère est malade. Nous avons arrêté les études suite aux conseils de notre grand-frère parce que cela coûtait extrêmement cher avec les à-côtés. La famille n’est pas au courant de ce que nous faisons et nous ne pouvons pas leur dire cela. Si nos frères nous voyaient, ils nous tueraient », a déclaré une de ces deux filles.

Selon ces dernières, elles ont simplement dit à leur famille qu’elles travaillaient dans un hôtel de la place, même si les revenus issus de leur travail n’ont rien à voir avec ceux d’une femme de chambre, un chiffre d’affaires largement au dessus du SMIG.

Les vêtements, la coiffure, les chaussures, les sacs, les maquillages, et les produits de beauté font partie de ce qu’Ingrid, une autre fille appelle ses charges et besoins.

« J’ai besoin d’argent pour payer le loyer et d’autres charges. Je dois me rendre plus belle afin d’attirer plus de clients et cela nécessite les moyens. J’ai plein de charges donc si je ne fais pas cela, je n’ai rien, dans la vie tout a une contrepartie. », souligne-t-elle.

« Pendant la semaine, je fais des séances de shopping pour préparer la nuit afin de soigner mon look et être très séduisante. La nuit c’est la fête, je bois de l’alcool et tout ce qui va avec. Je dois me vendre pour gagner de l’argent pour ma famille et moi-même. Pourquoi faut-il être sexy ? C’est simple, je me rends sexy pour attirer les hommes que je croiserai la nuit », témoigne cette professionnelle de sexe.

Tout n’est pas rose pour ces filles. « Ce n’est jamais avec plaisir que je pars la nuit avec quelqu’un d’étrange chez lui ou dans un hôtel. Des fois, tu tombes sur des gens biens et des fois, c’est le contraire et là j’ai peur d’être frappée ou maltraitée au lit. Il y a plein de nationalités avec lesquelles je fais affaire. Des Togolais, des Libanais, des Indiens, des Ghanéens, des Béninois, des Ivoiriens, des Européens et même des Américains », confiait Ingrid.

Alice, mère célibataire de deux (2) enfants et titulaire d’un BAC+3 en gestion, elle aussi a commencé comme occasionnelle et était persuadée que ce ne serait que temporaire. Dix ans plus tard, elle gère un pressing mais reste et demeure une « référence » en la matière.

« Je n’en suis arrivée au stade où je prends cela comme un métier parce que j’ai un métier mais pas un travail. J’ai un fils et difficilement j’arrive à admettre aujourd’hui que c’est occasionnel. Malgré que je travaille, je me prostitue encore », a-t-elle laissé entendre.

Des prostitués VIP, il en existe !

Elles assument fièrement ce titre de cadre dans leur domaine. Celles-ci se démarquent des autres par leur tenue vestimentaire plus ou moins classe et attirante. Elles se soignent mieux de par l’apparence et leurs clients sont souvent des expatriés qui y viennent avec de grosses voitures pour les ramener soit à la maison ou dans une auberge.

Au rang de celles-ci, on retrouve des mineurs, des adolescentes, des femmes âgées, et même des vieilles. « Bébé on dit quoi ?, veux-tu faire un coup avec moi ? », ont-elles l’habitude de dire pour attirer les clients tout en s’exhibant devant ces derniers.

Elles proposent ainsi une séance exceptionnelle de jambe en l’air contre une somme d’argent. Elles n’hésitent pas à proposer aux clients tout ce que madame ne peut faire à la maison. De laper les testicules au pénis en passant par des positions inimaginables, elles sont prêtes à tout faire juste pour satisfaire leurs clients.

Au-delà des travailleurs de sexe, il y a la prostitution non officielle qui prend aussi une autre dimension. Ceux sont ces femmes et hommes qui écument les bars, les restaurants et coins chauds et qui terminent leur randonnée dans les hôtels et dans les auberges.

Les clients des prostitués rompent le silence

Agoè est devenu un centre où le sexe est effectivement ce qui se commercialise le mieux et est à portée de tous. 5 heures du matin, la boîte ferme, le groupe d’Ivoiriens part avec une jeune prostituée qui les a rejoints.

« C’est une autre planète ici, c’est comme un défilé de mode en tenue nue. Je viens souvent ici avec des amis. Cela leur plaît donc ici pour passer la nuit entière jusqu’au lendemain à midi avec les filles c’est entre 20.000 et 50.000 FCFA, mais il faut négocier avant de partir sinon tu es foutu », prévient Carlos.

« C’est un marché commercial comme un autre où les femmes se vendent. Elles sont là pour gagner des ronds même si elles prennent aussi du plaisir. C’est un échange sexe-argent, elles gagnent par soirée ce qu’elles ne pourront pas gagner en un mois si elles travaillaient », ironise Jean de Dieu.

Pour Blaise, on peut tout faire ici, même des choses que « madame » ne peut faire à la maison. « Elles sont prêtes à tout te faire pour une somme d’argent. Baiser est devenu leur pain quotidien. J’ai une femme à la maison mais je préfère ce qui se fait ici car c’est hors du commun », témoigne Vetcho, jeune Ivoirien.

Un chiffre d’affaires mensuel conséquent

Les prostituées arrivent à faire un chiffre d’affaires pas possible. Ici, la concurrence entre filles est rude, mais quelques unes arrivent à tirer leurs épingles du jeu en faisant de ce métier, un business « juteux » et pas possible.

« Des fois par nuit, avant de partir faire la nuit avec quelqu’un, j’arrive à gagner après des séances de jambe en l’air avec deux ou trois clients, 50.000 francs, voir 70.000 francs mais aussi des fois, on a rien. Notre rêve, c’est d’amasser beaucoup de sous, créer son propre boulot et fonder une famille et nous espérons que Dieu nous pardonnera un jour », souhaite Sandra.

Selon elles, la masse salariale par mois varie entre 500 et 700.000 FCFA. « J’ai besoin d’argent donc je suis obligé de rentrer avec un intrus avant d’avoir ce que je veux. C’est obligatoire. Tout est en contre partie, tu donnes quelque choses, tu as aussi quelques choses après  », indique une des prostituées.

La place des gérants d’auberge et des taximen dans ce métier

Un business informel dans lequel les taximen et les gérants d’auberge occupent un rôle très important et de premier choix. Certains sont ces chauffeurs attitrés des filles, d’autres arrondissent leurs nuits en amenant les clients vers les hôtels de passage ciblés par les professionnels de sexe.

« Moi personnellement j’ai mon taximan qui me prend de jour comme de nuit. Même à des heures impossibles, il vient pour me chercher là où je suis. Je le paye par mois, même des fois si la nuit est bonne je lui fais une enveloppe le matin », a martelé Georgette.

Yves, le conducteur préféré de cette prostituée n’a pas nié le contrat qui les lie. « Georgette est ma cliente depuis quelques mois. Tout est parti d’un jour où je roulais en ville à la quête des clients et elle a voulu que je la dépose dans un hôtel de la place. Chemin faisant, je lui ai proposé mon service afin de la ramener après. Fini, elle m’a rappelé pour le retour. Ce qui a été fait, c’est depuis ce jour que ce lien est noué », a-t-il expliqué.

Pour lui, c’est un second travail à part celui de jour et qui permettra à sa famille de mieux vivre. « Je travaille même dans la journée. Avec Georgette, c’est tout le temps, elle peut m’appeler à n’importe quelle heure et je suis toujours présent une fois qu’elle a besoin de moi. Chaque mois, elle me fait une enveloppe de 20.000 FCFA, même plus. C’est ce qui fait même d’elle et moi, frère et sœur », a-t-il reconnu.

La relation entre prostituée et chauffeur n’est pas la seule qui existe. Entre prostituées et certains gérants d’auberge ou d’hôtel, il existe aussi une sorte d’entente, un partenariat gagnant-gagnant paraphé entre ces deux camps permet aussi aux gérants de tirer leurs épingles du jeu. C’est ce que confirme Eklou, gérant d’une auberge à Lomé.

« Elles viennent ici en nombre. Moi et les prostituées, c’est une question de famille. Souvent, je leur fais des remises sur le prix des chambres de passage. Ceux sont des habituées de mon auberge. Sur 2 clients tu as une remise », explique-t-il.

Modeste K.

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