mercredi, 10 août 2016 00:00

Mme Awa NANA DABOYA, présidente du HCRRUN : «Chacun de nous, avons le devoir de nous engager pour construire notre pays pour notre postérité »

©Afreepress-(Lomé, le 03-07-16)- Tout le monde attendait ce rendez-vous pour une large réflexion sur la question des réformes associant personnalités politiques, juristes, sociologues, historiens, organisations de la société civile en vue de déterminer les institutions en mesure de nous assurer une gouvernance adaptée à nos réalités. Nous voilà donc à ce rendez-vous de réflexion tel que proposé par la CVJR. Le Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN),  dans le cadre de sa mission, organise à cet effet du 11 au 15 juin à Lomé un atelier national de réflexion et d’échanges sur les réformes politiques et institutionnelles. Nous avons approché la présidente de cette Institution, Mme Awa NANA DABOYA, pour partager quelques préoccupations de l’heure qui font couler encre et salive au sein de la classe politique, des médias et des populations.

 

Madame la présidente, qu’est- ce qui fait la spécificité de cet atelier national de réflexion et d’échanges sur les réformes politiques et institutionnelles?

 

Je vous remercie pour cette occasion que vous me donnez pour tirer au clair les raisons de l’organisation du présent atelier. Comme vous le savez, le HCRRUN est une institution créée depuis 2008 par le gouvernement togolais. Et dans le cadre de la mise en œuvre des recommandations de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), cette Institution a  été restructurée et ses attributions redéfinies par décret n°2013/040 du 24 mai 2014, pour répondre aux dispositions de la recommandation 57 alinéa 2 et suivants de la CVJR. Et la mission qui lui a été confiée est de procéder à la mise en œuvre des recommandations et du programme de réparation de la CVJR. Et parmi ces recommandations figurent au point 2 les réformes institutionnelles prenant en compte les réformes politiques (recommandation 4), la réforme du système judiciaire (recommandation 9), la réforme des forces armées, de la police et de service de renseignements (recommandation 11 et suivantes), tout ceci dans le but d’un apaisement du climat sociopolitique. Pour revenir à notre atelier, il  vise donc à organiser une large réflexion sur la question des réformes. Sa spécificité réside dans son caractère globalisant prenant en compte toutes les couches sociales de notre pays avec une ouverture sur l’international pour apprendre de la démarche entreprise par les nations qui ont déjà emprunté cette voie. Ceci devra nous amener à avoir une vision partagée du contenu des réformes politiques et institutionnelles que nous appelons de tous nos vœux et de créer ainsi les conditions favorables à leur formulation et à leur mise en œuvre.

 

Qu’est-ce explique sa tenue maintenant seulement ?

 

Cet atelier est l’une des premières activités identifiées et programmées dans le plan stratégique du HCRRUN rendu public le 9 décembre 2015. L’organisation d’un tel atelier, tout comme la mise en œuvre de tout le plan stratégique d’ailleurs, nécessite la mobilisation de beaucoup de ressources tant matérielles, humaines que financières. Et pour ne pas faire un travail bâclé, nous allons lentement mais sûrement vers la tenue de cet atelier. Donc nous ne pensons pas que cet atelier ait  pris  un quelconque retard que ce soit.

 

Quels sont les objectifs visés par cette rencontre  et comment va-t-elle se dérouler?

 

Il s’agit d’un atelier de réflexion et d’échanges avec pour objectif de créer les conditions favorables à la mise en œuvre des réformes politiques et institutionnelles au Togo. De manière spécifique, il sera question de permettre une compréhension commune du concept de réformes politiques et institutionnelles, de comprendre l’esprit et la lettre de ces réformes telles qu’elles sont formulées par la CVJR. En outre, cet atelier devra permettre la prise en compte des réalités nationales, des bonnes pratiques en matière de réformes afin de pouvoir innover pour notre pays, puis permettre à tous d’avoir une idée claire de l’implication des réformes dans le processus de réconciliation nationale et le renforcement de l’Etat de droit. Enfin, ce sera l’occasion de rappeler les rôles et les responsabilités de chaque acteur et de chaque partie prenante dans le processus de réconciliation.

 

L’atelier de réflexion et d’échanges sur les reformes se déroulera suivant une approche pédagogique et interactive sur la base de communications suivies de débats ouverts, instructifs et constructifs. Ces communications se feront en panels à partir d’expériences et expertises diverses du Rwanda, du Maroc et du Ghana. Des travaux de groupe seront également de la partie et leur  synthèse servira entre autres de document de travail à la Commission de Réflexion sur les Réformes politiques, institutionnelles et constitutionnelles.

 

Justement, quels sont les différents thèmes qui seront débattus ?

 

Les travaux de l’atelier s’articuleront autour d’une conférence inaugurale  sur le concept des réformes politiques et institutionnelles, suivie d’exposés thématiques qui se feront sous formes de panels. Il y en aura en tout quatre.

 

Les principaux thèmes des quatre (4) panels sont :

-              Les Républiques d’hier et la République d’aujourd’hui,

-              La République de demain,

-              La République de demain dans sa conception,

-              La République de demain face aux enjeux et défis.

Chaque panel contient différents sous-thèmes qui seront présentés par différents panelistes et sera suivi de débat.

 

Qui sont les participants invités à la rencontre et pourquoi ceux-là seulement ?

 

L’atelier va rassembler des  personnalités politiques,  juristes, sociologues, historiens, représentants des Organisations de la Société Civile, Institutions de la République,  départements ministériels, autorités administratives et locales, partis politiques ou regroupements de partis politiques, médias d’Etat et médias privés, chefferie  traditionnelle, autorités religieuses, Organisations syndicales, ainsi que les partenaires techniques et financiers. Les Représentations diplomatiques et consulaires seront également de la partie.

 

Nous estimons rassembler à travers ces participants toute la diversité de la société togolaise et donc nous ne donnons pas de place à aucune exclusion possible.

 

Il y a un parti politique, l’ANC notamment, qui décline votre invitation à participer à cet atelier…

 

Je vous disais tout à l’heure que nous ne faisons pas d’exclusion quant aux participants à cet atelier de réflexion et d’échanges et nous avons invité la société togolaise dans sa diversité. L’ANC est un parti politique parlementaire et à ce titre, il est invité à ces échanges, mais si les leaders de ce parti ne veulent pas participer au débat, nous ne pourrons pas les y obliger.

 

Beaucoup de leaders politiques de l’opposition pensent que le HCRRUN n’a pas de légitimité pour conduire des réflexions sur les réformes politiques et institutionnelles. Que leur répondriez-vous ?

 

Comme je vous le disais tout au début, le HCRRUN a été créé conformément à la recommandation 57 de la CVJR, en son alinéa 2 qui stipule, je cite : « … Mais à défaut et par souci de célérité, le Haut-commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité nationale déjà créé depuis 2008, pourrait être chargé de cette mission. Cependant, ses attributions et sa composition qui font de lui un organe consultatif en matière de réconciliation auprès du Président de la République, ne répondent pas à la mission qui pourrait lui être confiée dans le cadre de la mise en œuvre du présent programme de réparation. Une restructuration devra impérativement et préalablement intervenir pour le rendre autonome et renforcer son indépendance vis-à-vis des autorités politiques, conditions indispensables à son fonctionnement efficace et efficient. L’organisation et le fonctionnement de cette institution indépendante devront être précisés dans le texte la créant ou la restructurant ».

 

Par ailleurs, l’organisation de l’atelier de réflexion et d’échanges sur les réformes n’est pas une invention du HCRRUN. La recommandation n°8 de la CVJR qui évoque la question des réformes institutionnelles précise que c’est « …un problème complexe qui mériterait d’être posé dans le cadre d’une réflexion sérieuse devant nous amener à nous interroger sur le modèle occidental en vigueur dans notre pays depuis l’indépendance… ». Et dans l’alinéa suivant de cette recommandation 8, il est dit que « la CVJR recommande par conséquent l’organisation d’une large réflexion  sur la question associant personnalités politiques, juristes, sociologues, historiens, organisations de la société civile en vue de déterminer les institutions en mesure de nous assurer une gouvernance adaptée à nos réalités ».

 

Voilà pour ce qui est de la légitimité du HCRRUN et qui le conforte dans sa mission, qui est celle de la mise en œuvre des recommandations et du programme de réparation de la CVJR.

 

Certains estiment aussi que les réformes ont été déjà discutées et qu’il ne reste qu’à les appliquer et l’heure n’est plus aux réflexions mais à l’acte…

 

Il faut reconnaitre que durant la période qui a précédé la création du HCRRUN, le débat sur les réformes politiques et institutionnelles au sein de la classe politique fut intense donnant parfois lieu à une montée de passions. Ce qui fait découvrir davantage la délicatesse du sujet. C’est comme cela qu’il n’a pas été possible de parvenir à un consensus de toutes les parties prenantes. Il en est ressorti des difficultés pour l’opinion publique à cerner clairement l’esprit et la lettre des recommandations de la CVJR tout comme le concept même des réformes.

 

Nous devons donc comprendre que les réformes ne se limitent pas à la limitation du mandat présidentiel, au découpage électoral et au régime électoral. C’est toute l’organisation de la société togolaise qui va être revue, les différentes Républiques sous lesquelles nous avions vécu, qu’est-ce qu’il faudra retenir de ces régime, que faut-il laisser tomber pour définir les République à l’avenir. Tout ceci pour éviter que les fils et filles de ce pays ne vivent plus les événements qui ont conduit à la création de la CVJR.

 

Ne pensez-vous pas que ceux qui vous jettent aujourd’hui la pierre sont les mêmes qui l’ont fait avec la CVJR mais qui, par la suite, l’ont félicité pour les différents rapports produits ?

 

Le Togo a besoin d’avancer et nous ne devons pas nous amuser avec l’avenir de ce pays. Si certains pensent qu’il faut jeter le discrédit sur tout ce qui se fait, nous n’allons pas nous laisser prendre à leur jeu. Je leur demanderais d’apporter leur pierre à l’édifice et de garder patience pour juger à la fin. Car c’est la fin qui justifie les moyens.

 

Qu’est-ce qui différencie cet atelier de réflexion et d’échanges des autres cadres qui ont été déjà consacrés aux réflexions sur les réformes notamment, l’Accord Politique Global (APG), les cadres permanents de dialogues et de concertation (CPDC 1 et 2) et les recommandations de la CVJR ?

 

Tous ces cadres de discussions que vous évoquez ont eu à mener des réflexions sur les réformes mais pas dans le  même sens ni dans le même contexte. Si vous les prenez un à un, vous verrez :

-              L’Accord Politique Global n’a pas mené des réflexions sur le fond et le contenu des réformes. Il a posé les bases de la création de la CVJR qui a par la suite recommandé la création d’un organe, ou à défaut la restructuration du HCRRUN,

-              les CPDC  ont eu à mener des réflexions et formulé des propositions qui n’ont pas fait consensus ;

-              et enfin la CVJR a fait des recommandations sur les réformes politiques et institutionnelles dont la mise en œuvre a été confiée au HCRRUN et c’est ce que nous faisons.

 

Il a été noté que la compréhension même  des réformes pose problème. Voilà pourquoi, il parait nécessaire pour le HCRRUN dans le respect de la recommandation 8 de la CVJR de procéder à l’organisation de cet atelier pour amener les différents acteurs de la vie sociale et politique de notre pays à avoir une appréhension partagée du concept de réformes en vue de baliser la voie à leur mise en œuvre.

 

Quel traitement sera réservé aux conclusions ou aux recommandations  de cet atelier ? Ou les trouver ?

 

Les propositions qui découleront de cet atelier serviront de document de travail à la Commission de réflexion sur les réformes politiques, institutionnelles et constitutionnelles créée par décret N°2015/PR du 09 janvier 2015 et dont je suis la responsable. Mais par ailleurs toutes les informations de cet atelier seront disponibles en temps réel sur notre site web de : www.hcrrun-togo.org. Un numéro vert : 80 00 40 40 est aussi disponible pour tous renseignements sur le HCRRUN et sa mission.

  

Quel message avez-vous à l’endroit des Togolais ?

 

Je voudrais dire à mes compatriotes Togolais que chacun de nous, avons le devoir de nous engager pour construire notre pays pour notre postérité.  Il nous revient de laisser tomber nos égos et nos ambitions personnelles pour penser au Togo, en tant que Nation à construire. Non pas en imitant aveuglement les autres mais en nous  basant sur notre histoire et nos réalités pour rentrer positivement dans l’histoire de l’humanité.

 

Nous invitons par ailleurs tout le peuple togolais à rester attentif à ce qui va se faire durant cet atelier et qu’il invoque la grâce divine pour que tout se déroule comme il se doit pour le bien de tous.

 

Propos recueillis par A.Y.

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