jeudi, 10 novembre 2016 08:08

Interview de Pierre SODOGA, Directeur Exécutif de l’ONG Horizon et Développement : « Les gens pensent que les ONG qui sont dans le domaine des Droits de l’Homme font du business ? »

©Afreepress-(Lomé, le 10 novembre 2016)- Comment fonctionne une association, une Organisation non gouvernementale ? De quoi vivent ses membres et quelles sont les difficultés auxquelles elle fait face ? Voilà le contenu des échanges avec M. Pierre SODOGA, Directeur Exécutif de l’ONG Horizon et Développement. Dans cette interview, l’homme n’élude pas non plus les sujets à la Une des journaux de la place en l’occurrence la situation conflictuelle qui prévaut entre l’Association des Victimes de la Torture au Togo (ASVITO) et le Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT).

 

Lire l’intégralité de ses déclarations.

 

Bonjour Pierre SODOGA. Vous êtes le Directeur Exécutif de l’ONG Horizon et Développement. Comment pouvez-vous nous présenter votre ONG ?

Horizon Développement (HD) est une ONG qui a pour but d’améliorer les conditions de vie des populations à la base à travers des actions de développement. Nous intervenons dans les domaines de renforcement des capacités, de la santé et de l’éducation aux droits humains et à la démocratie. Nos activités principales sont l’organisation d’atelier de formation et de la sensibilisation.

Nous allons parler du mode de fonctionnement des ONG avec vous. Nous volons d’entré de jeux savoir en tant que Directeur Exécutif de l’ONG Horizon et Développement (HD), comment fonctionne votre structure?

Toute ONG est gérée en fonction de ses textes de base, des textes fondamentaux qui la régissent. Et selon ces textes, les sources de financement d’une ONG sont constituées des cotisations de ses membres, c’est la première chose qui fait fonctionner la structure, il y a des dons et legs et même des quotités des activités que nous organisons pour renflouer la caisse de notre ONG. Nous avons aussi les financements extérieurs.

Vous avez parlé de cotisation, est-ce à dire que les cotisations des structures membres peut prendre en charge le personnel et les frais de location.

Non, cela est très difficile. Il y a la plupart des membres qui ne cotisent même pas. Des  associations et ONG adhérent à des regroupements sans maitriser leurs modes de fonctionnement. C’est à peine que les cotisations des membres rentrent en caisse. Donc il faut parfois guetter les appels à projets, rédiger des projets, ce qui n’est pas aussi facile. Et pouvoir postuler ou soumissionner à des projets. Et ensuite, il faudrait que ces projets soient acceptés par le partenaire financier, avant qu’on ne vous accorde les financements. Donc, disons qu’en tant qu’ONG, nous trimons même avant de pouvoir supporter les nombreuses charges auxquelles nous faisons face. Parfois même vous êtes obligés de débourser de l’argent de vos poches pour prendre en charge les petites dépenses que vous avez sur le dos. Donc, c’est toujours très difficile. Mais lorsque vous rencontrez ces difficultés, vous vous efforcez et à partir du moment où les gens voient que ça commence à porter, vous allez voir qu’il y a des rapaces qui vont rôder autour de vous et vont même vouloir vous évincer pour s’en charger. C’est vraiment ce qui crée des conflits, parfois même c’est la dislocation, voire la disparition pure et simple de la structure, ce qui n’est pas bien.

Beaucoup de bruits courent actuellement que les ONG de défense des Droits de l’Homme font du business. On les accuse d’utiliser l’argent des victimes pour leurs propres besoins. Quel est votre avis sur le sujet.

Moi je me porte carrément en faux contre ceux qui disent cela parce que c’est pas du tout facile de décrocher des financements. Les gens pensent que les ONG qui sont dans le domaine des Droits de l’Homme font du business ? Avec quoi ? C’est très difficile de pouvoir se faire financer par un partenaire. D’abord le partenaire avant de te financer, doit pouvoir s’assurer que lorsqu’il va vous accorder son financement, le financement sera bien géré, ou même en tant qu’ONG sur le terrain vous devez être performante ou crédible vis-à-vis de ses partenaires. Il y a ce que nous appelons "la redevabilité".

C’est-à-dire vous avez le financement, il faut faire en sorte que les rapports financiers, narratifs puissent parvenir à temps selon les termes de la convention que vous avez signée avec votre partenaire. Il faudrait que vous respectiez les échéances, que ces rapports narratifs et financiers puissent aller à temps à ce partenaire. Et là, vous gagnez en confiance, et c’est ça qui fait que à chaque fois, lorsque le partenaire est satisfait de votre travail sur le terrain, il n’hésite même pas à vous accorder du financement. Donc je crois qu’il n’y a vraiment pas du business en parlant des ONG qui interviennent dans le domaine des droits de l’homme. C’est la performance, c’est la crédibilité sur le terrain qui détermine tout.

Peut-on alors admettre qu’une ONG peut rédiger un projet pour une cible donnée et en même temps bénéficier financièrement de ce projet ou bien le projet doit-il aller exclusivement aux bénéficiaires ?

Des fois quand vous approchez des partenaires, il y a des lignes qu’on vous accorde pour le fonctionnement. Mais par rapport à certains partenaires, ce n’est pas possible. On vous accorde seulement s’il y a le volet renforcement de capacités. C’est donc permis que ceux qui vont intervenir dans la conception, l’animation des modules de formation, ces personnes soient prises en charge. Mais lorsque le partenaire ne vous accorde pas la ligne concernant le fonctionnement, vous êtes obligés de glaner par ci et par là pour avoir quelque chose dans votre caisse pour pouvoir payer le personnel administratif qui intervient sur le projet. Mais parfois, lorsque certains partenaires accordent cette ligne, ça veut dire que les intervenants sur le projet peuvent avoir leur salaire, c’est donc sans problème, parce que vous avez l’accord du partenaire. Mais lorsque ce n’est pas le cas, vous êtes obligés de vous débrouiller pour pouvoir prendre en charge ceux qui travaillent dans votre ONG sur le projet. Et c’est très difficile, c’est ce qui fait que ceux qui ne comprennent pas du tout le fonctionnement d’une ONG, d’ici là, vous ne les verrez plus. Ils disparaissent, ils vous abandonnent et vous restez seul ou deux à bosser dur pour que l’ONG puisse aller loin.

Est-ce que vous connaissez le CACIT, le Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo ?

Oui, je connais bien le CACIT pour le travail remarquable qu’il fait sur le terrain et surtout envers ses bénéficiaires.

Le CACIT est accusé de détourner l’argent de certaines victimes au profit de l’institution, quel est votre avis par rapport cette allégation ?

Bon pour moi, tel que je connais cette organisation, et vu même la crédibilité, la notoriété dont jouit cette ONG sur le plan national et même international, je ne pense pas que ces responsables puissent détourner des fonds au détriment des victimes qui sont les principaux bénéficiaires de leur projet, je ne pense pas, je ne suis pas du tout de cet avis. Et c’est vraiment déplorable qu’on puisse arriver à ce niveau, que les gens s’organisent çà et là pour détruire cette ONG. Nous, nous avons les informations, les gens s’organisent pour tout faire pour mettre en veilleuse cette structure très crédible sur la place. C’est vraiment déplorable et vraiment dommage.

 Propos recueillis par Juliana AKLOBESSI

Nous suivre sur Facebook

AFREEPRESS

Afreepress Premiére Agence de Presse Bilingue au Togo
BP: 20752 Lomé-Togo/ Cel :(+00228) 90 00 47 62 / 99 67 27 91 / 90 16 39 38 / 99 51 82 96
Siège : Bld de la Kara, rue de la Paroisse Saint Kizito
Tokoin Doumassesse (Adewui)
E-mail: afreepresstg@yahoo.fr

Partenaires

Top
Разработано с JooMix.
We use cookies to improve our website. By continuing to use this website, you are giving consent to cookies being used. More details…