samedi, 22 décembre 2018 14:19

Interview du ministre Gilbert Bawara : «Le cataclysme qui a été promis aux Togolais n’a pas eu lieu » 

©AfreePress-(Lomé, le 22 décembre 2018)- Quelques heures seulement après la fin des élections législatives du 20 décembre 2018, le gouvernement tend la main à son opposition et l’invite à travailler ensemble pour recoudre le tissu social togolais en lambeaux. Le ministre de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative, Gilbert Bawara est monté au créneau dans une interview exclusive accordée aux agences de presse AfreePress et Savoirnews. Dans cet entretien dont le contenu vous est livré ici, le ministre revient sur le processus ayant conduit à l’organisation et la tenue de ces élections et l’atmosphère dans laquelle elles ont eu lieu. « Malgré les intimidations, malgré les menaces, malgré les appels à la violence, à destruction, les Togolais ont fait preuve d’un grand sens de civisme et de patriotisme en refusant de céder et de se livrer à cette dynamique destructrice parce qu’à la fin nous sommes tous des frères et des sœurs togolais et nous devons être en train de travailler ensemble. Il ne faut pas que les erreurs de certains de nos frères et sœurs qui ont décidé librement de rester en marge du processus électoral conduise le pays dans l’abîme. Le cataclysme qui a été promis aux Togolais n’a pas eu lieu », a-t-il laissé entendre.

Que reste-t-il à faire maintenant pour sortir des sempiternels problèmes politiques au Togo ? Selon le ministre Gilbert Bawara, il va falloir fermer la page des débats politiques et des élections. Ce qui ne signifie pas, a-t-il relativisé, qu’il ne faut pas continuer avec des efforts d’ouverture et d’apaisement du climat sociopolitique. « Mais il va falloir se consacrer davantage sur les véritables préoccupations et aspirations des Togolais pour des meilleures conditions de vie et de santé, de cohésion nationale et de création d’emplois. Voilà ce que nous espérons que ces élections apportent à notre pays », a-t-il dit.

Voici en intégralité l’entretien accordé par le ministre de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative aux Agences de presse AfreePress et Savoirnews.

Bonjour M. le Ministre. Quel sentiment vous anime au lendemain de ces élections ?

Gilbert Bawara : C’est un sentiment de satisfaction parce que ces élections législatives posaient beaucoup de défis. Le premier défi était d’ordre sécuritaire. Assurer la sécurité et le bon déroulement du scrutin. Veiller à ce que tous les Togolais aussi bien ceux qui participaient au vote et ceux qui ne participaient pas ne soient en aucune manière affectés par des inquiétudes de quelle que nature que ce soit. Le deuxième défi qui était un défi d’ordre politique et institutionnel vise au renouvellement de l’Assemblée nationale. Il est désormais réalisée parce que dans les jours qui viennent on aura les résultats des élections législatives et après six (6) mois d’une phase intérimaire et transitoire, puisque l’actuelle Assemblée est en fin de mandat depuis le mois de juillet. Elle pourra être enfin renouvelée.  

Par rapport à la situation et au contexte que le Togo a vécu depuis le mois d’août 2017, nous avons bon espoir que les élections législatives vont consacrer un tournant. Pas que par enchantement, tout va être comme si nous n’avions pas connu des moments de tumulte, des moments de tension et de contestations. Mais à partir de ces élections législatives, le gouvernement et la nouvelle Assemblée vont redoubler et intensifier d’effort pour apaiser davantage le climat sociopolitique et rassembler les Togolais autour d’objectifs communs et unir le pays. Il ne faut pas non plus se voiler la face, ces moments ont été marqués par beaucoup de reproches mutuels, et c’est pourquoi il était important que ces élections aient lieu. Et nous nous félicitons qu’elles ont eu lieu pour que nous puissions amorcer une nouvelle page de la vie nationale.

Vous disiez que, quel que soit le taux de participation ces élections restent politiquement et juridiquement valables. Pourquoi avoir dit cela ?

Gilbert Bawara : D’abord il faut constater que la participation et l’affluence dans les bureaux de vote ont été très variées et disparates. Autant dans certains quartiers de Lomé, le taux de participation a été très faible et parfois dans certains centres urbains, ce taux a été encore plus faible, mais dans l’ensemble il y a eu une forte mobilisation et un fort taux de participation de la population togolaise allant parfois au-delà de 90%. C’est pourquoi il est important de faire comprendre à nos citoyens qu’au Togo le vote n’est pas obligatoire. Et, quel que soit le niveau d’affluence et de mobilisation, des députés seront élus et leur légitimité et leur valeur juridique ne souffriraient d’aucune contestation. Et surtout ces députés agiront au nom et pour le compte de l’ensemble des citoyens qu’il s’agisse de délibérer ou d’adopter des lois. Qu’il s’agisse de contrôler l’action gouvernementale ou qu’il s’agisse d’interpeller les membres du gouvernement. Ils agiront pour nous tous. C’est pourquoi j’ai toujours pensé qu’au-delà du devoir civique et citoyen de participer au vote, il s’agit d’un acte de responsabilité. Il est préférable que les citoyens participent au choix des femmes et hommes qui vont poser des actes au nom de nous tous. C’est pour cela que je disais qu’au-delà du taux de participation, la validité et la légitimité juridique et politique des élections ne pourraient jamais être soulevées et ça ne sera jamais soulevé.

Quelles étaient les attentes du gouvernement avant la tenue de ces élections ?

Gilbert Bawara : Le gouvernement n’avait pas d’attentes particulières et comme je l’ai dit le premier des défis étaient un défi sécuritaire et la protection du processus électoral et de nos concitoyens. Le défi c’était aussi la sécurisation et la protection des observateurs nationaux et internationaux. Le calme, la tranquillité, la paix et la sécurité qui devraient caractériser ce processus électoral. Malgré les intimidations, malgré les menaces, malgré les appels à la violence, à la

destruction, les Togolais ont fait preuve d’un grand sens de civisme et de patriotisme en refusant de céder et de se livrer à cette dynamique destructrice parce qu’à la fin nous sommes tous des frères et des sœurs togolais et nous devons être en train de travailler ensemble. Il ne faut pas que les erreurs de certains de nos frères et sœurs qui ont décidé librement de rester en marge du processus électoral conduise le pays dans l’abîme. Le cataclysme qui a été promis aux Togolais n’a pas eu lieu.

Le désastre qui a été promis aux Togolais n’a pas eu lieu et c’est ça l’essentiel. Maintenant il va falloir fermer la page des débats politiques et des élections, ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas continuer avec des efforts d’ouverture et d’apaisement du climat sociopolitique. Mais il va falloir se consacrer davantage sur les véritables préoccupations et aspirations des Togolais pour des meilleures conditions de vie et de santé, de cohésion nationale et de création d’emplois. Voilà ce que nous espérons que ces élections vont apporter à notre pays.

A quand les résultats de ces élections alors ?

Gilbert Bawara : Nous souhaitons connaitre les résultats de ces élections dans les heures qui viennent si ce n’est dans les jours qui viennent. Que nous sachions qui a été élu et qui n’a pas été élu. Mais en définitive, il va falloir pour les femmes et les hommes qui auront été élus, d’agir dans un esprit de responsabilité inédit. La crise que nous avons traversée a révélé un certain nombre de difficultés dans la société togolaise et il va falloir que l’Assemblée nationale en soit consciente.

Bien entendu il y a un sujet qui a toujours été une question qui a été toujours une source de crispation qui a toujours déchaîné les passions et les tensions, c’est la question des réformes constitutionnelles. Aujourd’hui nous avons sur la table de l’Assemblée nationale un projet de révision constitutionnelle qui consacre des avancées et des innovations inédites et il faudra qu’en priorité, la nouvelle Assemblée s’attaque à l’adoption et à la mise en œuvre de ces réformes constitutionnelles pour que ce problème soit évacué et vidé une fois pour de bon pour que cette page soit tournée. Bien entendu moi j’ai toujours pensé qu’il faut faire très attention à ce que les sujets qui préoccupent la classe politique ne nous détournent pas des véritables préoccupations et attentes de nos populations. L’Assemblée nationale devra également travailler dans un esprit de collaboration avec le gouvernement pour que ces attentes et ses préoccupations soient satisfaites.

Croyez-vous qu’après ces élections ce sera la fin de la crise que le Togo connait ?

Gilbert Bawara : Le gouvernement n’est pas du tout naïf. Nous ne pensons pas que la tenue des élections doit conduire à baisser la garde et faire preuve de moins de vigilance notamment par rapport au défi sécuritaire. Nous savons qu’il y a encore dans la société togolaise de nombreux acteurs qui sont animés par la volonté de perturbation et d’agitation. À eux, nous lançons un appel à l’apaisement et à la fraternité parce qu’il y a toujours un temps de discorde, mais après il faut un temps de concorde. Un temps de rassemblement et de fraternité pour construire et développer notre pays.  

Je voudrais deuxièmement dire que contrairement à ce que l’opposition prétend, tous les efforts d’ouverture et de compromis ont été consentis par le gouvernement et sa majorité. Au lendemain du 23 septembre 2018, beaucoup de Togolais et d’observateurs avaient pensé qu’il y avait un consensus sur la recomposition de la CENI. Il y a eu certes des dissensions, des contestations et des désaccords au sein de l’opposition parlementaire concernant la désignation consensuelle de ses membres et ensuite, les facilitateurs ont déployé d’immenses et de considérables efforts notamment avec les réunions et les échanges qui ont eu lieu à Conakry du 3 au 6 novembre 2018 et qui permettaient de régler les deux principaux problèmes qui sont d’une part, la recomposition de la CENI avec le retrait du représentant de l’UFC de la CENI au profit d’un représentant de l’ANC et deuxièmement, la prorogation du recensement électoral pour permettre à ceux qui avaient raté la précédente phase d’enrôlement des électeurs de pouvoir se rattraper.

Personne de bonne foi ne peut estimer que le gouvernement n’a pas été à la hauteur de ses responsabilités puisque les deux mesures ont été intégralement respectées. Mais pour des raisons qui lui sont propres, la coalition a continué à ne pas vouloir rejoindre la CENI, à ne pas vouloir participer au processus électoral. Nous avons bénéficié d’un accompagnement et de l’appui de la CEDEAO avec des experts qui ont été déployés au niveau de la CENI pour aider dans l’organisation et la supervision de l’élection. Le Togo a bénéficié de la présence d’observateurs, les listes électorales provisoires ont été affichées partout pour donner l’occasion à chaque citoyen de vérifier son inscription, mais également aux partis politiques de pouvoir faire les réclamations et les contestations sur le fichier électoral conformément à ce que prévoit le Code électoral et en définitive, le fichier a été audité et certifié par des experts indépendants de la CEDEAO. Je crois qu’avec toutes ses mesures et avec les initiatives qui ont été prises pour assurer la mise en œuvre des réformes constitutionnelles, -malheureusement avec toujours le refus des députés de la coalition de participer aux débats et aux discussions, avec les mesures d’apaisement qui ont été prises à travers des libérations provisoires, à travers des mesures de grâce présidentielles, à travers les procès qui ont eu lieu et qui vont donner lieu à d’autres mesures d’apaisement, avec les initiatives qui ont été prises par le gouvernement togolais de demander à la commission de la CEDEAO en liaison avec les autorités ghanéennes d’entrer en contact avec M. Tikpi ATchadam, de recueillir ses préoccupations et ses inquiétudes en matière de sécurité, de voir ce qui pourrait être prise comme mesure pour le rassurer et favoriser son retour et sa participation à la vie politique-, personne de bonne foi ne peut dire qu’il y a eu des manquements et des insuffisances de la part du gouvernement.

Nous comprenons que l’opposition pour des raisons qui lui sont propres a décidé de rester en marge du processus. Nous le déplorons parce que c’est une chance que nous venons de gâcher. Mais cela étant, le gouvernement et l’Assemblée nationale comme je viens de le dire, vont continuer à œuvrer pour que les Togolais se rassemblent autour des défis et des enjeux de développement économique de notre pays.

Peut-on espérer les réformes pour bientôt ?

Gilbert Bawara : Le gouvernement n’a d’abord pas vocation à interférer dans le l’agenda de l’Assemblée nationale. Mais je n’imagine pas que la nouvelle Assemblée nationale ne soit pas consciente et ne prenne pas suffisamment la conscience de la nécessité d’opérer les réformes constitutionnelles comme une priorité afin que cette question ne soit plus un facteur de crispation et ne continue pas à alimenter des tensions et des contestations dans notre pays.

J’ai toujours pensé qu’entre concitoyens il nous faut un devoir de vérité. Si nous voulons construire une société de confiance, une société d’égalité et de justice, il faut que les problèmes que nous estimons être ceux du pays, soient évoqués, débattus et mis sur la table avec une certaine sincérité. À mon sens, il y a encore beaucoup d’insinuations, beaucoup de duplicité et beaucoup de simulations.

Entre la dynamique de contact d’échanges directs, le rôle que les autorités religieuses, traditionnelles et les organisations de la société civile devraient jouer, et ce que nous constatons sur le terrain, il y a une sorte de décalage. C’est pourquoi moi je plaide et je souhaite que, s’il y a des problèmes dans le pays il faut que nous sachions les mettre sur la table et que nous sachions en débattre dans la tolérance et le respect mutuel.

En second lieu, dans la vie de chaque homme et de chaque femme comme dans la vie politique, il faut savoir s’arrêter, jeter un regard rétrospectif sur le parcourt effectué, s’interroger sur la pertinence, l’utilité et l’efficacité des actions que l’on a posées, les déclarations que l’on a faites et si on se rend compte que tout ne va pas dans le bon sens, dans le sens de l’intérêt du pays dans le sens du bien commun, nous devons pouvoir tout ajuster. Les messages que nous continuons à entendre depuis le scrutin promettant qu’il y a une nouvelle phase de lutte sont des messages guerriers qui n’ont plus lieu d’être.

Dans la société togolaise, nous devons plutôt apaiser les esprits, promouvoir davantage de tolérance et travailler dans un esprit de concorde et de cohésion pour le développement économique et social. Si j’avais un message à lancer, je le résumerais par un appel à la fraternité, au respect mutuel, un message à la cohésion et au dépassement des uns et des autres. Personne n’aura raison tout seul contre les autres. L’élection c’est une étape de notre vie. Ce n’est pas la fin de l’histoire. Pour reprendre une expression propre à un écrivain japonais qui avait écrit, il y a quelques décennies : « le dernier homme et la fin de l’histoire ». Ce n’est pas la fin de l’histoire. Après les élections le pays doit continuer à avancer et le pays gagnerait à avancer en rassemblant et en unissant l’ensemble de ses filles et de ses fils. C’est le message que le chef de l’État aimerait faire passer et nous espérons qu’il sera entendu.

 Propos recueillis par Olivier A.

 

 

Nous suivre sur Facebook

AFREEPRESS

Afreepress Premiére Agence de Presse Bilingue au Togo
BP: 20752 Lomé-Togo/ Cel :(+00228) 90 00 47 62 / 99 67 27 91 / 90 16 39 38 / 99 51 82 96
Siège : Bld de la Kara, rue de la Paroisse Saint Kizito
Tokoin Doumassesse (Adewui)
E-mail: afreepresstg@yahoo.fr

Partenaires

Top
Разработано с JooMix.
We use cookies to improve our website. By continuing to use this website, you are giving consent to cookies being used. More details…