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samedi, 15 juin 2019 11:26

Situation au Bénin/Interview de Guy MITOKPE : « Si ce pays doit quitter les rails de la paix, ce ne sera pas par l’œuvre de l’opposition »

©AfreePress-(Lomé, le 15 juin 2019)- Il a été au cœur de l'actualité sociopolitique de ces derniers jours en République du Bénin. Lui, c'est Guy MITOKPE, ancien député et actuel Secrétaire général du parti Restaurer l'Espoir de M. Candide AZANAI.

A la fin du mois de mai 2019, une équipe de journalistes panafricains était à Cotonou au Bénin pour toucher du doigt la réalité et récolter la version de certains leaders politiques béninois sur les raisons de la crise qui secoue ce pays depuis quelques mois. L'équipe a pu échanger avec ce jeune homme rempli d'engagement et au verbe facile. Pour lui, la solution à la crise qui met à mal le Bénin, est l'annulation des dernières élections législatives et l'arrêt des harcèlements policiers sur certains acteurs politiques et citoyens. Il est également longuement revenu sur la genèse de cette crise et la lecture qu'en fait sa formation politique.

Bonjour Guy MITOKPE. Vous avez été député de la 7è législature et Secrétaire général du parti Restaurer l’Espoir. La crise au Bénin, on ne va pas dire qu’elle a pris fin au lendemain des élections législatives. Quelle est aujourd’hui l’analyse que fait le parti Restaurer l’Espoir ?

Guy MITOKPE : Actuellement en République du Bénin, nous sommes en plein dans la crise en ce sens que la dernière sortie télévisée du Chef de l’Etat, plus précisément sa sortie du 20 mai 2019, était une sortie inopportune. Une sortie qui a laissé le peuple sur sa faim. Vous allez constater avec moi, pour ceux qui ont suivi cette sortie, que le Président se présente comme le Président des vainqueurs. Il s’est présenté comme un chef de guerre, qui a fini une guerre et qu’il fallait soumettre ceux qui ont été vaincus. Nous ne nous inscrivons pas dans cette logique, parce que pour nous, nous ne sommes pas dans un autre Etat, dans un autre royaume. Nous sommes en démocratie et pour nous, cette adresse à la nation devait comporter un certain nombre d’éléments que nous n’avons pas.

Le Chef de l’Etat ne s’est à aucun moment, prononcé sur l’attitude du peuple le 28 avril. Pour nous, c’était le tournant de toute chose. A cette adresse, le Président de la République aurait pu dire au peuple, j’ai compris le message, je vous ai entendu. Mais à aucun moment il n’a fait référence aux événements du 28 avril 2019. Et pourtant, le 28 avril 2019 a été une date décisive au cours de laquelle le peuple béninois a refusé que les élections puissent se dérouler sans la participation de l’opposition. Puisque jamais dans notre histoire démocratique depuis les années 90, nous n’avons assisté à un taux de participation aussi faible à une élection. Les chiffres officiels font état de 22%, mais les vrais chiffres, nous savons que c’est en-deçà de 10%.

Donc pour nous, cette adresse du Chef de l’Etat aux Béninois, devait prendre en compte cet aspect des choses.

Le second élément que nous n’avons pas perçu dans son adresse à la nation, c’est qu’en aucun moment, le Chef de l’Etat n’a parlé des tueries des 1er et 2 mai 2019. Depuis notre indépendance en 1960, jamais notre armée qui s’est toujours présentée comme une armée professionnelle, républicaine et patriotique, n’a tourné son arme contre son propre peuple. Mais pour la première fois, depuis notre indépendance, certains éléments zélés de cette armée, ont tourné les armes de la République contre le peuple. Le Président de la République ne s’est pas prononcé là-dessus. Il n’a pas clarifié les choses, il n’a pas rassuré le peuple, il n’a pas donné un peu plus d’éléments sur ces événements. Nous aurions bien aimé que le Président de la République, en tant que première personnalité de ce pays, puisse dire au peuple que nous avons situé les responsabilités. Nous allons ouvrir une enquête indépendante et nous allons mettre chacun devant ses responsabilités.

Qui a donné les ordres, qu’est-ce qui s’est réellement passé. A aucun moment, le Président de la République n’a abordé ces questions qui pour nous, sont des questions préjudicielles avant que nous ne puissions aborder un quelconque dialogue.

En plus de cela, vous allez constater avec moi que, à aucun moment, le Président de la République n’a aussi fait cas des Béninoises et Béninois qui sont enlevés depuis que nous sommes rentrés dans cette spirale d’incertitude. A aucun moment le Président de la République n’a dit, voici les raisons pour lesquelles les gens sont enlevés, pour lesquelles les gens sont pris en otage. A aucun moment il ne s’est prononcé là-dessus.

Le 28 mai dernier, au Tribunal de Cotonou, nous avons dénombré plus de 80 personnes arrêtées et qui croupissent dans les geôles sans que des clarifications puissent être données sur ce qui se passe réellement. Vous êtes dans votre véhicule, vous passez, on vous arrête, vous êtes chez vous tranquillement, à des heures impossibles, sans sommation et sans mandat, on vient et on vous enlève. Voilà l’Etat dans lequel nous sommes. Donc ce qui se passe aujourd’hui, est grave. Le défi il est plus grand que ce que le Président a présenté. Pour nous, dans son discours à la nation, le Président de la République n’a pas abordé les vraies questions qui concernent le peuple.

Pour nous, les forces de l’opposition, qui se sont aujourd’hui mutées en forces de la résistance, nous continuons de dire que nous sommes en pleine crise. Nous ne sommes pas sortis de cette crise et la condition sine qua non pour que nous puissions parler de sortie de crise, c’est d’abord la révocation de ce qu’ils ont appelé la 8è législature. Pour nous, ce n’est pas négociable. Ce parlement qui a été frauduleusement installé, ces députés qui ont été installés sous haute présence militaire, pour nous avant tout dialogue, il doivent être révoqués et ce n’est pas un fait nouveau dans notre pays. Avant la conférence des forces vives de la nation de février 1990, il y a eu l’élection du parlement révolutionnaire en juin 1989. Il a été dissout en décembre 1989 avant les grandes assises. Donc ce n’est pas une premières dans notre histoire.

Nous voulons que le Président de la République comprenne avec nous, que pour les forces de la résistance, il est hors de question que nous puissions discuter avec un gouvernement qui ne prend pas la mesure des choses, un gouvernement qui ne vit pas les mêmes réalités que nous, avec un gouvernement qui pense que pour que notre démocratie et notre développement puissent aller de l’avant, il faut installer de manière frauduleuse, un parlement.

Mais honorable Guy MITOKPE, ne faudrait-il pas aller à ce dialogue et écouter le gouvernement afin de lui soumettre également vos observations et remarques ?

Guy MITOKPE : Oui mais vous savez, nous n’avons pas inventé la démocratie et nous n’avons pas non plus inventé la politique. Dans toutes les discussions et dans tous les pays qui se respectent, il y a toujours des préalables. Vous ne pouvez pas dans un discours aussi important, venir parler sans même clarifier un certain nombre de zones d’ombre. Sans donner d’assurance sur un certain nombre de faits qui concernent le peuple. C’est de notre rôle et de notre responsabilité en tant que opposants, d’exiger des préalables. Les préalables que nous exigeons aujourd’hui, ce ne sont pas des caprices. C’est parce que nous voulons véritablement que ce dialogue puisse se dérouler dans un contexte de crédibilité et de confiance et qu’il puisse donner l’assurance aux uns et aux autres. On ne peut pas nous demander d’aller autour d’une table de discussion alors que les fusils de la République sont braqués sur nous. Alors que de l’autre côté, ceux qui sont sur le régime pensent qu’ils ont tous les éléments en leur faveur.

C’est quand même normal qu’on puisse demander avant le dialogue, qu’on mette fin à l’arrestation des gens sans convocation. Qu’on nous donne l’assurance sur la crédibilité de ce qui sera dit autour de cette table de dialogue. Si dialogue il y a, ce sera avec qui, qui sera à la table de discussion, qui sera le médiateur ? Est-ce que ça sera un jeu du chat et la souris comme ça été le cas le 6 mars dernier ? Puisqu’il y a des antécédents et des faits assez éloquents que nous pouvons rappeler.

Le 6 mars 2019, alors que la veille le 5 mars, la Commission électorale a donné les noms de ceux qui devaient participer à l’élection. C’est à dire la liste de l’Union Progressiste, qui est un parti du Chef de l’Etat et la liste Bloc Républicain. Le lendemain le 6 mars, le Chef de l’Etat sort, il dit non nous sommes dans l’impasse, ça ne s’est jamais produit dans notre pays, je convie tout le monde à une table de discussion. Quand il a dit cela, qu’est-ce que nous lui avons dit. Nous lui avons dit que quand on convie des acteurs politiques à une discussion aussi importante que celle à laquelle vous nous appelez, le médiateur, ne doit pas être partie-prenante.

Pour ces discussions, le médiateur qui avait été choisi, c’était l’ancien président de l’Assemblée nationale, Me Adrien Houngbédji. Au niveau de l’opposition, nous avons décrié cela. Nous avons dit, Adrien Houngbédji ne peut pas être un élément de la crise et pour régler cette crise, on puisse nous demander que ça soit fait au sein du parlement. Et le résultat, on le connaît tous.

Guy MITOKPE, vous avez été le seul député à rejeter la loi querellée aujourd’hui. Avez-vous fait part à vos camarades députés de l’opposition, de ce qui a fondé votre refus ?

Guy MITOKPE : Je profite de cette question pour dire qu’il faut recadrer le débat et situer la vérité. En réalité les députés de l’opposition n’avaient pas participé à ce vote. Ils sont sortis de la salle alors que moi je n’étais pas pour qu’on sorte de la salle. J’étais pour qu’on reste pour voter contre cette loi. On connaît comment nos amis de la mouvance manipulent l’information. Donc en vérité, l’opposition n’avait pas voté pour cette loi, la plupart d’entre eux, était sortie de l’hémicycle.

Pour finir, l’opposition est-elle encore unie et solide aujourd’hui ? Puisqu’il y a d’autres partis de l’opposition qui rejettent la main tendue du Président de la République.

Guy MITOKPE : Si vous étiez une jeune fille, j’allais vous offrir des fleurs puisque votre question est très importante et nous permet de clarifier beaucoup de chose. L’opposition dont vous parler, en réalité n’est pas une composante de l’opposition. Il y a le parti du Renouveau Démocratique dirigé par Me Adrien Houngbedji, qui a tout le temps été un parti de la mouvance présidentielle. Il y a eu quelques embrouilles entre ce parti et le Président de la République et ils ont été exclus. Ils ont été disqualifiés du jeu électoral.

Il y a aussi l’UDBN de l’honorable Claudine Prudencio qui également, n’est pas de l’opposition. Il y a un certain nombre de partis qui ne sont pas de l’opposition. Ils sont tous de la mouvance présidentielle mais qui ont eu quelques périodes difficiles avec le Chef de l’Etat. Ce n’est pas cela être de l’opposition.

Lorsque la quasi totalité de la communication gouvernementale dit que certains partis de l’opposition sont en train d’accepter la main tendue du Chef de l’Etat, je m’inscris en faux contre cette affirmation et tous les résistants s’inscrivent en faux. Pour le moment, il n’est pas encore question de dialogue politique en République du Bénin, parce que nous estimons que les conditions optimales ne sont pas encore réunies. Il nous appartient de faire savoir cela à la communauté nationale, à la communauté internationale et à ceux qui nous dirigent aujourd’hui en leur disant que nous sommes encore en plein dans la crise et tant que le régime se trouvera en position confortable, en position de force, nous sommes presque sûrs qu’il n’y aura pas de débat ou de dialogue productifs.

Guy MITOKPE, de l’extérieur, ceux qui nous suivent, voudraient savoir quelque chose. Est-ce que l’opposition travaille à préserver un climat de paix au Bénin ?

Guy MITOKPE : Nous travaillons toujours pour l’intérêt supérieur de la nation. Nous n’avons jamais été belliqueux, nous n’avons jamais été des personnes qui pensent qu’il faut tout casser, qu’il faut tout détruire. Mais en face de nous, nous assistons à un déploiement de forces républicaines contre la population. Celui qui remet aujourd’hui en cause, la stabilité de notre pays et qui met en pointillés le développement tant prôné, ce n’est pas nous de l’opposition. C’est plutôt celui qui est en face de nous, c’est le régime qui est en face de nous.

Donc nous, nous continuerons de faire ce que nous avons à faire afin que notre pays puisse compter dans le concert des nations. Mais nous ferons tout afin que cette paix et cette stabilité politique qui a toujours caractérisé notre pays, puissent être préservées.

Une chose est sûre, si ce pays doit chavirer, si ce pays doit quitter les rails de la paix, ce ne sera pas par l’œuvre de l’opposition.

Propos recueillis et transcrits par l'Agence de Presse (©AfreePress- mai 2019)

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