Developed in conjunction with Ext-Joom.com

lundi, 17 juin 2019 13:32

Interview de Donklam Abalo : «  Nous à l'USL, nous disons que l’annulation des élections peut être le résultat du dialogue »

©AfreePress-(Lomé, le 17 juin 2019)- Donklam Abalo n'est plus à présenter au public béninois et africain. Journaliste de talent, l'homme depuis quelques années à décidé de s'engager dans l'arène politique et de travailler aux côtés de ceux qu'il était appelé à interviewer il y a quelques temps. Aujourd'hui, Dockam Abalo est un acteur politique de l’opposition à part entière et membre de l’Union Sociale Libérale (USL), parti fondé par l'homme d'affaires Sébastien AJAVON. Il a la charge de la communication de ce parti. Dans la tournée de terrain qu'a entreprise à la fin du mois de mai 2019 au Bénin, un groupe de médias panafricains afin de toucher du doigt les réalités politiques de l'heure, Donklam Abalo a été l'un des acteurs rencontrés, avec Wilfried Léandre Houngbédji, Orden Aladatin et Guy Mitopke. Quelle lecture fait ce cadre de l'USL de la crise sociopolitique qui secoue son pays depuis les dernières élections législatives ? Que propose-t-il pour en finir avec cette situation et comment se porte son président en exil Sébastien AJAVON ? Voilà autant de questions à laquelle a accepté de répondre ce jeune homme, à peine la quarantaine dépassée. Lisez plutôt.

Donklam Abalo, les élections législatives ont eu lieu mais une crise politique a suivi ces élections et s’est poursuivie après l’installation des députés. Quelle est la lecture générale que fait l’USL du pays et de sa démocratie ?

Donklam Abalo : Nous à l’Union Sociale Libérale, nous ne savons pas si les élections ont eu lieu. Pour nous, le Bénin n’a pas de 8è législature. Le Bénin s’est arrêté à la 7è législature. Parce que les conditions dans lesquelles le peuple béninois a exprimé son suffrage ne sont pas des conditions qui assurent la légitimité d’une représentation nationale. Nous pensons qu’il y a eu une parodie d’élection, que pour la première fois dans l’histoire démocratique du Bénin, nous avons eu une élection pour laquelle il n’y a pas eu d’opposition. Pour nous cela ne s’entend pas du tout, lorsqu’on veut préserver des acquis démocratiques. Donc lorsqu’on fait le point de ce qui s’est passé, on retient que nous sommes devant un net recul de notre démocratie. On retient simplement que les élections n’ont pas eu vraiment lieu au Bénin. On retient que désormais, nous sommes dans une dictature prononcée en République du Bénin.

Mais si on sait que la loi qui divise a été votée à l’unanimité de toute la classe politique béninoise. Comment peut-on expliquer que l’opposition dise aujourd’hui qu’elle a été exclue de l’élection ?

Donklam Abalo : Je dois vous faire remarquer que l’Union Sociale Libérale n’a pas de députés au parlement. Nous sommes un parti qui a un an d’existence. Nous n’avons pas été à des élections législatives et c’était la première occasion pour nous. A priori nous n’avions donc pas de députés au parlement. C’est la première chose à retenir.

La seconde chose, vous savez très bien qu’à l’Assemblée Nationale c’est la loi de la majorité qui prédomine. Donc la majorité qui appartient au Chef de l’Etat, s’est exprimée puisque cette loi était portée par la majorité présidentielle qui s'est arrangée pour la faire passer.

Nous étions contre la réforme du système partisan, notamment le Code électoral puisqu’à l’époque, nous avions suffisamment communiqué puisque c’est ce même Code qui a permis l’élection de M. Patrice Talon et des députés. Donc il n’y avait même pas d’opportunité ou de pertinence à réviser le Code électoral en ce moment. Mais nous nous rendons compte maintenant, que tout avait été planifié, que le Président et sa majorité savaient très bien ce qu’ils voulaient faire et qu’ils ont voté une loi, ils n’ont pas pris de décret d’application pour préciser certaines subtilités de la loi, ils l’ont interprétée parce qu'ils ont l’administration pour eux.

Donc ils ont opéré un passage en force et quel que soit ce que nous aurions fait, ils nous auraient exclu des élections parce que c’était leur plan. La preuve, lorsque les élections sont terminées, vous avez vu avec quel empressement le Président est venu annoncer la fin du processus et en même temps, il demande à sa nouvelle majorité de procéder à la relecture du Code électoral et de la charte des partis politiques. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’il savait lui-même que ces deux textes n’étaient pas normaux. Il savait lui-même que ces deux textes devraient lui permettre de mettre son Assemblée nationale en place. Tout cela nous permet de dire aujourd’hui que c’était un plan bien orchestré. C’est une vaste orchestration pour ne pas permettre à l’opposition d’aller vers ces élections. Et cela, il faut être très clair là-dessus.

Dans le fond, comprenez-vous néanmoins les raisons et motivations qui ont pu amener le pouvoir à proposer cette loi pour organiser un peu le paysage politique béninois qui est envahi par des centaines de partis politiques ?

Donklam Abalo : Nous avons fait en 1990, l’option du multipartisme intégral. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on reconnaît non seulement la non limitation du nombre des partis politiques, mais aussi la liberté d’expression, la liberté d’association et tout le reste. On peut donc faire le constat que peut être, il y a trop de partis politiques. Oui, mais en même temps, ça doit être un consensus qui décide d’encadrer tout cela. Ce n’est pas une loi. Et même, rappelons qu'il y a une loi qui dit que si vous êtes un parti politique et que vous ne participez pas deux fois successivement à des élections, vous disparaissez. Il aurait fallu faire le nettoyage pour voir combien de partis politiques qui successivement n’ont pas participé à des élections et faire le point réel.

Ailleurs où on parle de bipartisme, où on a deux grands partis politiques, ça ne veut pas dire que ce sont ces deux partis seulement qui existent dans le paysage politiques de ces pays. Il y a en plusieurs autres.

Mais ici au Bénin, cette réforme consacre l’existence de 5 partis politiques mais deux seulement qui ont eu le droit d’être représentés à l’Assemblée nationale. C’est ça ce que nous dénonçons. Nous voyons que le Président de la République avait échoué dans son projet de relecture de la Constitution une première fois, et une seconde fois. Ce qu’il n’a pas digéré et il a voulu tout simplement cette fois-ci, grâce à des députés qui lui sont acquis à l’Assemblée nationale, réviser la Constitution et ensuite, voter une loi qui va même exclure à l’avenir l’opposition de toutes les compétitions électorales. C’est ce que nous refusons.

Nous n’avons pas pu participer à ces élections législatives et le Président a 83 députés. Nous savons que c’est cette Assemblée nationale qu’ils ont installée dans des conditions rocambolesques, qui doit voter des lois et changer la plupart des institutions de la République, c’est-à-dire la HAAC, la Cénat, la Cour suprême. C’est cette Assemblée qui va renouveler toutes ces institutions. Vous comprenez que toutes les institutions seront à la solde du régime. A partir de ce moment-là, nous disons à l’USL que nous ne sommes plus en démocratie. Le Président a fait usage de son pouvoir pour s’imposer.

Mais alors, comment appréciez-vous le fait que les autres aient rejeté la main tendue et le dialogue que propose le Président Talon ?

Donklam Abalo : Non, je ne pense pas que les autres aient rejeté le dialogue. Ils ont posé des conditions, nous avons tous posé des conditions. Nous avons dit qu’il faut des préalables à la tenue de ce dialogue. La différence peut-être, et ça c’est une subtilité. Pour l’opposition en général, il faut annuler les dernières élections législatives avant d’aller au dialogue. Nous à l'USL, nous disons que l’annulation des élections peut être le résultat du dialogue. C’est ce que nous disons en fait. Donc dans tous les cas de figure, il y a des préalables.

Vous savez que dans cette union de l’opposition, chaque parti politique a son idéologie et sa vision. Vous avez vu ce qui s’est passé récemment entre le PCB, les FCBE et Restaurer l’Espoir. Pendant que les FCBE appelaient à une médiation étrangère, le PCB a réagi parce qu'eux, c’est leur idéologie. Ils refusent l’ingérence.

Donc oui, nous sommes opposants et unis, mais au même moment, nous avons nos valeurs, nos idéologies et nos visions. Nous aussi, comme pour toute l’opposition, nous posons des préalables au dialogue. Mais nous, notre préalable, c’est que nous ayons un dialogue souverain qui ne sera pas conduit pas le Président de la République, un engagement du Président à respecter toutes les décisions issues du dialogue et puis ensuite, le résultat du dialogue doit être l’annulation des élections et le retour au Bénin des exilés politiques.

Dans le fond, nous sommes dans une même logique et nous ne sommes pas divisés. Nous sommes contre le fait que le Président de la République puisse vandaliser les acquis démocratiques. Ça nous irrite fortement.

Nous sommes pour la liberté de presse, ce que nous n’avons pas actuellement au Bénin. Nous sommes pour la séparation des pouvoirs, ce que nous n’avons pas actuellement au Bénin. Nous sommes pour la liberté et l’indépendance de la justice, ce que nous n’avons pas actuellement au Bénin. Toutes ces choses, ce sont les piliers de la démocratie et de l’Etat de droit. Et sur ces constats, nous sommes tous unanimes à reconnaître que beaucoup de choses ont été perdues. Il faut que nous retrouvions les valeurs démocratiques chèrement acquises depuis 30 ans au Bénin.

Mais concrètement que comptez-vous faire pour vous faire entendre puisque le vin est déjà tiré ?

Donklam Abalo : Lorsque vous dites que le vin est déjà tiré, nous ne sommes pas d’accord avec vous. Le vin n’est pas encore tiré. Le Président de la République a encore l’occasion de montrer son attachement aux principes démocratiques. C’est vrai, il a prononcé la fin du processus, il constate que les 83 députés sont tous issus de ses deux partis politiques. Il leur donne une feuille de route, ce qu’ils doivent faire pour la législature actuelle et en même temps, il appelle au dialogue. Vous savez, dans notre culture africaine, on dit qu’on ne refuse pas le dialogue, on ne refuse pas la discussion. C’est la suite qu’on analyse et on tranche.

Nous appartenons à une opposition. Mais c’est une opposition plurielle. Vous allez voir que l’opposition s’est prononcée pour dire que le Chef de l’État n’est pas de bonne foi, parce qu’à plusieurs reprises nous avons essayé des dialogues avec lui. Certains d’entre nous sont allés discuter avec lui. Mais à chaque fois, on s’est rendu compte que c’étaient des manœuvres dilatoires. Il rencontrait des gens, alors qu’il savait très bien là où il allait. On n’a jamais trouvé de solution avec lui, mais le Président savait très bien que le consensus ce n’est pas à l’Assemblée Nationale qu’on peut le trouver parce qu’il y a des partis politiques qui ne sont pas représentés à l’Assemblée Nationale.

Le consensus devait partir d’une classe politique qui s’asseye. Ce n’est pas seulement ceux qui sont représentés à l’Assemblée Nationale. L’USL ne refuse pas systématiquement le dialogue mais pose des préalables.

Premier préalable. Le Chef de l’Etat ne peut pas être l’initiateur du dialogue. Il ne peut pas être l’arbitre du dialogue parce qu’il fait partie des belligérants si on peut le dire comme ça. Nous exigeons donc qu’il y ait un médiateur neutre. Ça peut être une personnalité, ça peut être une institution. Mais que le dialogue ne soit pas conduit par le Président de la République. Pour nous, c’est très clair.

Ensuite, ce dialogue devrait être souverain. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le Président prend l’engagement que toutes les décisions qui vont sortir du dialogue, seront exécutoires et exécutées par l’ensemble des parties au dialogue. Pour nous, ce sont des préalables. Mais nous attendons, si dialogue il devait y avoir, des résultats.

Le premier résultat, c’est l’annulation des élections législatives. Parce que le problème est là. Si le Président a 83 députés, il n’y a plus rien à espérer pour l’opposition.

Nous soupçonnons que le Président, en appelant à modifier le Code électoral, veut le faire dans le sens d’exclure encore les partis de l’opposition parce que rien n’empêche les députés de dire que désormais, si vous voulez aller participer à des élections au Bénin, vous devez avoir des députés à l’Assemblée nationale. S’ils le disent, alors dans ce cas, l’opposition ne participera plus jamais à des élections au Bénin puisque l’opposition n’est pas présente à l’Assemblée nationale. Et donc, le contexte ne permet pas d’être confiant. Nous attendons donc comme résultats de ce dialogue, qu’on annule les élections et qu’on les réorganise de façon inclusive et nous allons attendre à ce qu’on cesse de poursuivre des opposants au Bénin et que ceux qui sont contraints à l’exil, rentrent au pays et contribuent au développement du Bénin.

Donc, un dialogue oui. Mais un dialogue sous des conditions très claires et si le Président de la République était de bonne foi et si vraiment, il est sincère, il doit pouvoir accéder à notre demande.

Mais en même temps, nous n’y croyons pas vraiment.

Parlons du président de votre parti, M. Sébastien AJAVON. Comment vit-il sa situation et quelle analyse fait-il de la situation actuelle du Bénin ?

Donklam Abalo : Tout dépendra du Président Patrice Talon. Ce qui est sûr, c’est que l’histoire retiendra que M. Sébastien AJAVON, a été celui qui a permis à M. Talon d’être Président de la République. Nous étions un peu dans l’intelligence des tractations, nous savions tout ce qui s’est passé et les engagements qui avaient été pris. Le président AJAVON soutenant en 2016 Patrice Talon, avait fait la volonté du peuple béninois. C’était ce que le peuple voulait.

Et donc le Président AJAVON l’a fait. Il l’a fait également parce qu’il pensait que 3 ans d’exil aurait pu changer le Président Talon. Trois ans d’exil aurait pu donner l’occasion au Président Talon de se rattraper, par rapport à tout ce que le Président Yayi avait pu dire sur lui. Donc c’était une opportunité donnée au Président Patrice Talon de retourner l’ascenseur au peuple béninois qui lui a ouvert les vannes du pouvoir. Malheureusement nous nous sommes tous trompés.

Le Président AJAVON est aujourd’hui contrait à l’exil or la Constitution béninoise dit bien qu’on ne peut contraindre aucun Béninois à l’exil. Mais il se porte très bien. La France ne lui est pas un pays inconnu. C’est un opérateur économique, qui a ses affaires un peu partout dans le monde. C’est vrai qu’il n’avait jamais vécu au-delà du Bénin. C’est le cas. Mais vous savez, dans la vie, ce sont des épreuves qui façonnent l’homme et vous grandissez par rapport à votre capacité à surmonter ces épreuves.

Le désir de M. AJAVON aujourd’hui, c’est de retrouver la terre de ses aïeux, de contribuer au développement du Bénin, retrouver ses employés qu’il a abandonnés depuis un moment dans une situation délétère, et surtout, redonner du sourire aux Béninois. Mais nous avons foi, nous pensons que ça va arriver plus vite que prévu. Vous verrez.

Il reviendra au Bénin triomphalement et nous allons l’accueillir triomphalement aussi.

Propos recueillis et transcrits par l'Agence de presse (©AfreePress- mai 2019)

 

  • pub_canal_26_11_2019_02.jpg
  • pub_canal_26_11_2019_01.jpg

Nous suivre sur Facebook

AFREEPRESS

Afreepress Premiére Agence de Presse Bilingue au Togo
BP: 20752 Lomé-Togo/ Cel :(+00228) 90 00 47 62 / 99 67 27 91 / 90 16 39 38 / 99 51 82 96
Siège : Bld de la Kara, rue de la Paroisse Saint Kizito
Tokoin Doumassesse (Adewui)
E-mail: afreepresstg@yahoo.fr

Partenaires

Top
Разработано с JooMix.
We use cookies to improve our website. By continuing to use this website, you are giving consent to cookies being used. More details…