lundi, 17 juin 2019 13:41

Interview d'Orden Aladatin : « J’ai été opposant au président Yayi Boni, je ne pouvais pas parler à l’ORTB (...) la démocratie n’a pas été en péril dans ce cas ? »

©AfreePress-(Lomé, le 17 juin 2019)- Orden Alladatin fait partie des acteurs politiques de premier plan rencontrés au Bénin le 29 mai dernier par une équipe de journalistes Togolais, Ivoiriens et Burkinabè lors d'une tournée de travail dans ce pays d'Afrique de l'Ouest en proie à une crise politique post-électorale. Que se passe-t-il réellement dans ce pays ? Où se situent les responsabilités et comment parvenir à une solution négociée afin de rétablir la paix et la tranquillité dans le pays ? Voilà les questions qui ont été posées à M. Orden Alladatin, leader du ''grand'' parti, « Union Progressiste ». Voici in-extenso ce qu'il a confié à ce groupe de médias panafricains en quête de vérité et d'éléments de terrain sur la situation au Bénin. Lisez plutôt.

Bonjour Orden Alladatin. Vous êtes député de la 8è mandature nouvellement installée au niveau de l’Assemblée Nationale. Vous avez aussi été député de la 7è mandature, donc vous êtes un vieux de la vieille. Vous n’êtes pas que député, vous êtes aussi responsable de commission au niveau du parlement. Les élections ont été faites dans l’ambiance que nous connaissons et que d’aucuns qualifient de suicidaire. Nous ne connaissons pas forcement les raisons qui les amènent à le dire, toujours est-il qu’aujourd’hui au Bénin, nous avons vivons une situation. Nous voudrions comprendre ce qui se passe réellement pour qu’aujourd’hui après les élections, les opposants continuent à réclamer une annulation de ces élections ?

Orden Alladatin : Merci beaucoup. Effectivement je suis député à l’Assemblée Nationale de la huitième législature. Là je suis au niveau de la commission des lois. Je pense que nous sommes victimes d’un discrédit total par rapport à l’Afrique et à la gouvernance politique Africaine. Nous sommes tributaires de ce passif entretenu dans les têtes plutôt à raison que les textes en Afrique sont souvent tripatouillés au profit des gouvernants en place. Etant donc héritiers de ce passif-là, nous avons entrepris au Bénin des réformes pour anoblir un peu notre système partisan. Regardez ce petit pays d’à peine 113.000 km2 dispose de 250 à 300 partis politiques. C’était devenu ingérable et on ne pouvait pas gouverner un pays dans cette pagaille-là.

Selon vous, les élections doivent-être annulées comme l’opposition continue de le réclamer ?

Orden Alladatin : Cela relève du passé déjà. Je pense qu’aucune personne sérieuse ne peut continuer à demander d’annuler les élections parce qu’au-delà même de notre élection, c’est de notre système démocratique qu’il est question. Nous nous sommes amusés à tourner en rond et à la fin on a eu mal. Si nous n’avions pas fait les élections le 28 avril dernier peut-être que nous n’aurions pas installé la huitième législature et si nous n’installons pas la huitième législature à cette date du 16 mai, nous rentrions dans un vide. Le mandat du parlement de la septième législature en exercice serait expiré et c’est peut-être une crise beaucoup plus grave qui aurait été ensemencée à partir de cet instant.

Je comprends que tout le monde ne soit pas content. Nous comprenons parfaitement que l’opinion surtout internationale ne comprenne pas suffisamment ce qui se passe au Bénin. Il y a eu beaucoup d’intoxications via les réseaux sociaux, via même les médias qui se disent sérieux à l’international et qui diffusent à travers le monde la version d’une personne frustrée comme une vérité ou une parole d’évangile. Vous savez, nous sommes un petit pays d’à peine 113 km2 avec 250 partis politiques et plus. Nous avons convenu de ne pas continuer dans cette pagaille. Nous en sommes arrivés au Bénin où chaque personne qui était un peu populaire dans son quartier, pouvait mettre en place un parti politique et se réclamer chef de parti politique. Des partis fonctionnaient comme de véritables gangs avec de l’arnaque systématique, les populations étaient devenues des bêtes de sommes du bétail électoral à monnayer au mieux disant, on ne pouvait pas continuer de la sorte. Le pays était ingouvernable. Comment un Président de la République élu, peut-il avoir à discuter avec 250 partis politiques ? Ce n’est pas possible.

Vous avez des gens qui s’alignent derrière le Président de la République élu et si le lendemain ils n’ont pas ce qu’ils veulent à travers le positionnement des postes ministériels, ils se déclarent de l’opposition et puis ça y est. Même pour voter des lois pour le développement du pays, ils viennent au parlement faire du marchandage, ce qui a fait que l’image du député, de l’homme politique a été totalement dévalorisée. C’est la désaffection totale des populations vis-à-vis de la classe politique. Nous avons convenu de changer et ceux qui ont convenu de changer la donne, ce n’était pas d’abord le Président de la République, c’est d’abord nous, les hommes politiques. En 2015, le président du parlement du Bénin sortant, Adrien Houngbedji dans son discours d’investiture avait eu à dire qu’il fallait reformer le système partisan et que si on ne le fait pas, ce sera l’échec de la démocratie elle-même.

Quand vous prenez le parti Union fait la nation avec les Bruno Amoussou deux ans avant, ils avaient déjà sorti un mémo dans lequel ils disaient qu’inévitablement, il fallait qu’on change, qu’on améliore et qu’on toilette le système partisan. Donc c’est une volonté partagée. Le Président de la République dans son projet de société est aussi allé dans le même sens pour dire qu’on ne peut pas continuer dans le système partisan. Avec la septième législature, il y a eu des propositions de changer la charte des partis politiques d’abord, après le code électoral et une troisième loi qu’on devait prendre et qui est la loi sur le financement public des partis politiques qui n’a pas encore été prise.

Nous avons été dans des séminaires pour que la discussion soit inclusive. Pour le séminaire national sur la charte des partis politiques, les leaders religieux, les chercheurs de l’université ; les partis politiques, les syndicats des étudiants, la société civile, tout le monde y était. La proposition de texte a été mise sur leur table. Nous avons discuté, de concessions en concessions, nous avons voté la charte des partis politiques à l’unanimité des députés à l’Assemblée Nationale moins une voix. Nous avons été moins heureux sur le code électoral, séminaire d’imprégnation, même cible, de discussions en discussions des points d’accords ont été trouvés, mais aussi des points de divergence.

Nous avons divergé sur le point de la caution, sur la question du quitus fiscal, sur la question du seuil de représentation minimum qu’il fallait que chaque parti ait pour avoir l’éligibilité au niveau de la députation. Essentiellement, voilà les points sur lesquels nous avons achoppé. Nous sommes allés au parlement et les discussions ont repris au niveau de la commission des lois puis en plénière. Nous avons été au vote, plus de 60 députés sur les 82 que compte l’assemblée nationale ont décidé de voter le code électoral qui est actuellement en vigueur. Je dis nous sommes moins heureux puisque de ce point de vue, nous avons divergé mais en démocratie quand la méthode a été participative et que vous êtes allés au parlement, que vous avez discuté, que des concessions ont été faites sur des points, la majorité l’emporte.

Je vous donne un exemple. Nous avons dit que pour être éligible au partage des voix, il faut pousser au regroupement des partis politiques afin de faire de grands partis. Nous avons décidé que quand vous êtes candidat à la députation, si la liste sur laquelle vous êtes n’arrive pas à emporter 10% des électeurs au niveau national, quoique populaire dans votre fief, vous ne serez pas éligible.

On ne va pas vous attribuer des sièges pour être plus précis. Cela veut dire que le député Béninois selon notre constitution, n’est pas l’élu de sa localité mais il est l’élu de la Nation. Voilà que quelqu’un simplement populaire rien que dans sa ville natale, peut venir s’asseoir au parlement en tant que député national. Nous avons à travers le code fait un savant dosage. Vous êtes populaire chez vous, mais si vous n’êtes pas populaire ailleurs il faut aller en négociation avec d’autres leaders des autres régions pour pouvoir créer un grand parti.

Ainsi, en agrégeant les forces sur le terrain vous pouvez enlever les 10% de représentativité que nous avons demandés. C’est un savant dosage pour pousser les partis politiques émiettés à se mettre ensemble.

 

Avant, pour créer un parti politique il fallait 10 personnes par région et nous en avons 12, aujourd’hui nous avons dit qu’il faut 15 personnes par communes et nous avons 77. Avant il fallait donc 120 personnes pour créer un parti politique autour aujourd’hui il en faut autour de 1200. C’est le dosage qu’on a eu à faire. Certains n’étaient pas d’accord. Je vous ai dit que sur le vote de la charte, nous avons eu l’unanimité avec une abstention. Sur le code électoral nous étions plus de 60 personnes à dire oui et moins d’une vingtaine de personne à dire non.

En démocratie c’est la loi de la majorité. Aussitôt cette loi votée certains ont dit qu’on ne va pas l’appliquer au Bénin. Naturellement, nous qui pensons qu’il fallait reformer le système partisan nous nous sommes mis à l’œuvre. Au moment où la charte et le code ont été votés, chacun de nous était dans le cadre de son parti politique. Nous sommes allés en discussion avec les autres. Mon parti politique qu’on appelait « Alternative citoyenne » est allé en conseil national et a décidé de fusionner avec d’autres partis politiques afin de créer un grand parti politique. 80 partis se sont mis ensembles pour créer le 1er décembre 2018, « l’Union Progressiste ». Je rappelle au passage que la charte des partis politiques a été signée le 17 septembre et le code électoral a été voté en octobre. Nous nous sommes mis à l’œuvre pour créer notre grand parti politique. Pendant que nous faisions cela, ceux qui se disent opposants aujourd’hui ont passé tout le temps à flécher la loi. Au moment où ils se sont réveillés pour se conformer au nouveau texte qui de jour en jour s’est révélé être applicable, c’était déjà trop tard.

C’est ce qui s’est passé pour qu’à l’occasion des récentes élections on ait que deux partis validés pour se présenter aux élections. Mais ces deux partis ne sont pas deux partis. Le mien un regroupement de 80 anciens partis et le second c’est 70 anciens partis. Des centaines de regroupement politiques se sont mis ensembles et quand on dit que l’opposition n’y est pas, à l’international on a l’impression que c’est la grande coalition qui a géré le pays sous Yayi Boni qui a été exclue du pouvoir.

Non ! Ce parti s’est dynamité il y a longtemps. Surtout à travers le bloc républicain, beaucoup des anciens leaders se sont retrouvés au bloc républicain ; d’autres qui étaient des soutiens au président Yayi Boni se sont retrouvés dans mon parti Union progressiste. Quand je prends les dernières élections qui ont fait venir Patrice Talon au Pouvoir, la Renaissance du Bénin n’a pas supporté au premier tour Patrice Talon mais aujourd’hui elle soutient Patrice Talon. Il y a plein de petits partis qui n’ont pas soutenu Talon au premier tour mais qui le soutiennent aujourd’hui. Nous sommes dans une recomposition de la classe politique. Nous sommes dans une recomposition. Certains partis de la droite ont muté ainsi que d’autres de la gauche et le jeu est en train d’être redistribué.

On a observé des actes de vandalisme. Aujourd’hui on demande de situer les responsabilités. L’opposition regarde du côté de l’Assemblée et juge que les élections ont été volées et que les responsables c’est vous.

Orden Alladatin : Tout le monde a suivi. Deux anciens Chefs d’Etat sont montés au créneau, pour dire que ça ne se passera pas ainsi. Déjà avant les élections, ces mêmes responsables politiques ont dit qu’il n’y aura pas d’élections. Ça n’a pas suffi d’avoir appelé au boycott. Après les gens sont passés à l’acte. Des talismans ont été mis pour cadenasser les bureaux de vote, le vandalisme organisé, la psychose entretenue pour dire que si vous sortez on ne répond plus de vous. Les populations se sont terrées le jour du vote. Dans toutes nos villes, les rues étaient presque désertes, les gens n’ont pas vaqué à leurs occupations, les gens avaient peur de sortir naturellement. Comme nous sommes dans une réforme du système partisan, notre démocratie qui était adulée avait quand même ses tares à l’interne.

Personne à l’international ne parle de la marchandisation du vote au Bénin. A quel prix le vote était fait ? Des dizaines de partis politiques, le phénomène du porte à porte quand je le dis, le Béninois sait de quoi je parle mais ailleurs on ne sait pas ce qu’on appelle porte à porte. C’est ce que le candidat amène le dernier jour de la campagne et la journée qui est censée être blanche où il n’y a pas campagne. C’est de l’espèce sonnante et trébuchante. Ce n’est pas bien pour notre démocratie. Comment un politique qui aspire changer, travailler pour son pays, peut corrompre l’électorat avec 1000 F ou 2000 FCFA ? C’est ce que nous avons voulu changer naturellement et cela a un prix à payer. De toutes les façons, la constitution du Bénin est claire. Il n’y pas un seuil, un minimum de sécurité requis pour valider l’élection au Bénin ou pas. Au niveau politique, on peut faire tous les débats politiques mais il fallait qu’on installe le parlement le 16 mai. C’est ce qui a été fait. Le président Yayi Boni a dit que pour aller au parlement on devra marcher sur son corps et ils sont passés à l’acte. Des voyous ont été recrutés. Vous avez vu les images du bidon d’essence en main, des cocktails Molotov ! Ils s'en sont pris à des biens privés. Il faut féliciter ce peuple Béninois qui n’a pas suivi cet appel parce que ce qu’ils vont espérer c’est qu’il ait des gens instrumentalisés qui investissent la ville et qui vont servir de détonateur pour que le peuple suive. Les réformes sont dures pour tout le monde, pour les députés, pour les ministres, c’est à des degrés divers. Ce que le citoyen à la base paye comme prix de ces réformes, ce n’est pas la même chose que l’homme politique qui a un minimum de confort paye. C’est pour cela que l’opposition tente d’instrumentaliser et on se réfugie derrière ce qu’on appelle manque de liberté.

Mais notre démocratie était devenue du démocratisme. La liberté pour laquelle je me suis battue est devenue libertinage. Moi je suis pour les libertés, je suis contre le libertinage je suis totalement pour la démocratie, je suis contre le démocratisme.

Suivez un peu les radios et télévisions, des personnes qui étaient dans certaines pratiques hier, à qui on a dit que ça ne peut pas continuer, nous ne pouvons plus continuer à faire du trafic de drogue et des faux médicaments impunément pour venir inonder le marcher politique avec l’argent mal acquis. Vous imaginez le séisme que ça peut créer quand on le dit dans un pays ! Ceux qui n’ont jamais travaillé ici il y a cinq ans, étaient transformés en donateur des de sacs de riz alors qu’ils n’ont aucune activité régénératrice de revenus. Suivez mon regard. Les vannes ont été coupées et on se réfugie en Europe et on se déclare exilé politique. Certains poursuivis ici par la justice, se réfugient en Europe et on dit qu’ils sont des exilés politiques et ce sont ces cas qu’on exploite pour dire qu’il n’y a pas de liberté au Bénin. Voilà un peu ce qui s’est passé le 1er mai.

Je pense que le procureur a parlé. Il faut engager des poursuites contre ceux qui on été pris les mains dans le sac et je pense que justice sera faite.

Que pensez-vous du dialogue proposé par le Président Patrice Talon pour que la paix et la sérénité soient préservées ?

Orden Alladatin : Si c’est le prix à payer pourquoi pas. Naturellement on ne perd rien en dialoguant. Le chef de l’Etat, Père de la nation nous y invite. On nous a conviés à la recherche du consensus autour des nouveaux textes pour que certains partis puisent participer aux élections et ça n’a pas fonctionné. Je vous ai dit qu’il faut qu’on sache déjà où se trouve le problème. Moi député proche de la mouvance, je dois savoir où se situe le problème. Si vous entendez les opposants, certains disent que le problème ce n’est pas la loi, ça moi personnellement ça m’embrouille. Si ce n'était pas la loi, c’est quoi alors ?

Nous allons prendre chacun des textes. Pour la charte des partis politiques, il n’y a pas d’innovation majeure sauf le point principal qui dit que 10 personnes par région et département, il nous faut aujourd’hui 15 personnes par commune. Je ne crois pas que ça peut être objet de problème puisque la proposition de texte qu’on avait eu à discuter parlait de 100 personnes par commune pour créer un parti et c’est l’opposition qui a demandé une flexibilité. Ils ne vont pas encore venir nous dire de diminuer. Tout le monde sait qu’il faut renforcer un peu les modalités de création des partis politiques. Après il y a une disposition qui dit que les partis anciens ont six mois pour se conformer à la nouvelle charte. C’était dans la perspective des élections qu’on a eu à faire cela.

Aujourd’hui, si nous devons toiletter ce texte, ça ne mérite plus d’être dedans par exemple. Donc dans la charte à moins qu’on me dise là où le problème se situe, je ne vois pas le problème. Prenons maintenant le code. ils n’ont qu’à poser le problème et on va discuter pour voir l’objectif principal. Pour ce qui me concerne et pour ce qui concerne mon parti l’Union Progressiste, nous voulons parvenir à apurer la classe politique. Qu’on ait des grands regroupements politiques et qu’au parlement, qu'on ait plus que 4 à 5 partis qui soient représentés au parlement. C’est l’objectif de la réforme. L’objectif n’est pas d’empêcher les partis de naître.

Si les conditions de 15 personnes par communes sont respectées, la constitution d’un siège par département est respectée, tout le monde peut créer son parti politique mais avec le code électoral, il faut qu’on parvienne à ce que les partis les plus représentatifs soient représentés au parlement. Donc vous pouvez être un parti politique, vous allez animer la vie publique, la vie politique sans avoir la possibilité d’aller vous asseoir au parlement. Pour ce côté de la réforme, personnellement, je ne suis pas prêt à reculer là-dessus. Mais ma seule voix représente quoi ?

Au parlement chaque député a une voix et je suis membre d’un parti politique aussi qui va discuter. Je dirai ma perception, les autres membres de mon parti diront leur perception des choses et nous allons trouver le juste milieu en dialoguant avec les autres.

Le grand problème, c’est que nous ne nous entendons pas sur l’orientation et si dans la cité nous ne nous entendons pas sur l’orientation, quelle est l’orientation qui doit primer ? L’orientation du chef de l’Etat élu ? L’orientation de la majorité ou l’orientation de la minorité ? La minorité dit que c’est son orientation qui doit passer. Si la minorité vient en discussion en disant je reste dans le cadrage mais nous pouvons assouplir, nous pouvons améliorer les choses.

Vous êtes dans un navire ou une pirogue et nous sommes 20 à bord, 15 personnes s’entendent pour dire mettons le cap sur le nord, 5 disent non, nous préférons aller à l’Est. Les coups de pagaies doivent orienter vers le nord. Les 5 ne peuvent pas s’imposer.

Que dites-vous de l’ancien Président Boni Yayi puisque  selon ses partisans, il serait en résidence surveillée ?

Orden Alladatin : Je n’ai pas l’information que l’ancien Président soit assigné à résidence. Cela dit, nous avons la police républicaine et dans une certaine mesure, l’armée du Bénin qui est investie pour assurer la sécurité individuelle et collective du pays. Les 1er et 2 mai, plein de Béninois m’ont téléphoné pour me dire de quitter ma maison.

Les gens ont vandalisé la maison du président de mon parti, Bruno Amoussou. Le plan c’était d’aller le brûler avec sa famille. Le 1er mai, du matin jusqu’au soir, la police n’a pas répliqué. J’ai des images des bardeaux en train de crier : « Nous avons fait reculer la police... fonçons !». On ne peut pas permettre ça et on sait d’où ils ont quitté. Si la police s’organise pour que plus jamais nous n’ayons cela au Bénin, je ne vais pas les empêcher parce que le 1er mai où la police n’a pas eu à faire ça, des familles ont souffert, des biens publics ont été attaqués et brûlés. Il vaut mieux prévoir que guérir. c’est ce que je sais.

Nul n’est au-dessus de la loi même en démocratie. Nous avons vu Fillon recalé sans qu’on ne dise que la démocratie est menacée en France. La veille des élections contre le président Sarkozy, nous avons vu Dominique Strauss-Kahn empêtré dans une affaire privée. Personne n’a dit que la démocratie était en péril en France. Sarkozy lui-même, ancien Président a été interpellé en France, personne n’a dit que la démocratie française était en péril. Pourquoi en Afrique ceux qui sont en conflit avec la loi crient que la démocratie est en péril -je ne dis pas que Yayi Boni est en conflit avec la loi-. La démocratie à l’Africaine devrait-elle être une démocratie de demi-mesure ? Nous voulons faire évoluer le pays et je voudrais dire à l’opinion nationale et internationale que dans deux ans, l’Afrique viendrait à l’école du Bénin.

La démocratie c’est le multipartisme et non la mouvance contre l'opposition. Dès lors que le multipartisme est consacré, après vous avez les textes. La démocratie c’est l’Etat de droit, le multipartisme, avec des élections régulières. Après nous ajoutons du pain pour le plus grand nombre. Mais tel qu’on l’a appris de Montesquieu, en démocratie on a trois facteurs, les libertés publiques, l’Etat de droit, l’alternance au pouvoir et les institutions. Tout ça marche dans mon pays. Moi j’ai été opposant au président Yayi Boni, je ne pouvais pas parler à l’ORTB, les opposants sont partis réclamer leur droit à la parole à l’ORTB et quand ils sont sortis le soir, ce sont les chars qui ont encerclé l’ORTB au Bénin. Sous l’ancien président qui se trouve être victime, la démocratie n’a pas été en péril ? Parce qu’avec mes amis à travers le parti « l’Alternative citoyenne » fondu aujourd’hui dans « l’Union Progressiste », nous ne pouvions pas parler. Nous avons inventé un concept qui consiste à porter les tenues rouges pour montrer que nous sommes fâchés. Nous n’avions aucune autre forme d’expression et nous ne voulions pas envoyer les jeunes à l’abattoir. Ce concept a été appelé mercredi rouge parce que les libertés étaient cadenassées, nous avons vu le pire et nous travaillons pour qu’il n’y ait plus cela dans notre pays. La démocratie pour laquelle je me suis battu toute ma vie, ne peut pas être confondue au démocratisme. Je combats le démocratisme.

On a dit que depuis la conférence nationale nous n’avons fait que de la politique, je veux faire en dehors de l’Etat de droit de la démocratie, le développement à côté. Et c’est ce que le président fait. C’est pourquoi mon parti soutient son programme d’action.

Travaillez-vous pour le développement du Bénin ou donnez-vous la priorité au Président Talon comme le dit l’opposition ?

Orden Alladatin : Ça me fait 30 ans de combat citoyen. Je n’ai pas été de tout temps député au Bénin. J’ai travaillé dans le panafricanisme, dans les clubs UNESCO dans la sous-région. Je suis un chantre de la citoyenneté je ne peux pas venir en politique pour travailler pour un homme. Le Président Patrice Talon va passer. Moi je travaille pour la postérité. J’ai vu que le président Patrice Talon travaille pour la postérité, avec les renoncements qui vont avec aujourd’hui.

Moi j’accepte ces renoncements. Ceux qui ne l’acceptent pas critiquent le Président de la République. Ceux qui sont avec le président aujourd’hui ce n’est pas parce qu’ils ont l’or et le diamant. C’est que nous disons que c’est ce qu’il faut pour notre pays. C’est dur mais nous acceptons d’abord en tant qu’homme politique. Ceux qui parlent, sous leur mandat, un député pour voter une loi c’était du marchandage. Quand on me parle du contrôle de l’action gouvernementale, quand vous allez à Porto Novo et que vous voyez l’ancien siège du parlement abandonné dans les eaux, il n’y avait pas contrôle gouvernemental. Nos amis du Togo, quand le président Yayi Boni est venu au pouvoir, on a dit qu’on va faire des centrales énergétiques. Le Togo a commencé avec peu d’argent et il a fini. Nous avons mis 40 milliards et on n’a pas eu une bûchette d’allumette. Le président Patrice Talon dit on arrête avec ça. Quand l’Afrique est mal gouvernée, il y a certains au monde qui sont contents après c’est nos jeunes qui prennent le chemin de l’exil, le chemin des eaux pour périr en mer. Après on va nous donner des leçons de gouvernance.

Pourquoi l’Europe et ses chaînes internationales qui nous attaquent du matin au soir ne veulent pas parler de ce qui se passe au niveau de la dématérialisation, de ce qui se fait au niveau de la lutte contre la corruption dans mon pays ? Au niveau des ODD, il est dit que d’ici 2030 il n'y aura plus de problème  d’eau sur le continent africain. Mais le président Talon a dit que 2030 c’est trop, moi je vais donner de l’eau à mes compatriotes d’ici 2021 et nous sommes en train de parvenir à le faire. Quand le président Talon venait au pouvoir, vous ne pouvez pas faire cet entretien sans qu’on ait des coupures d’électricité. Le problème d’électricité même s’il n’est pas totalement réglé, nous sommes en chemin. Vous avez traversé la ville de Cotonou, toute la capitale et des villes sont en chantiers pour trois ans de mandat c’est ce que je soutiens. C’est trop sérieux ce dont on parle pour que des gens qui ont été sevrés viennent me dire malgré le renoncement que je fais que c’est moi le gros deal.

Nous sommes au contrôle et le peuple, le vrai nous soutient. Je travaillerai à ce que Patrice Talon pendant ces deux ans qui restent, soit beaucoup plus à gauche. Je travaille pour qu’il y ait plus de microcrédit, je travaillerai pour qu’il y ait plus de recrutement, les postes sont là. On a des problèmes dans l’enseignement. Je travaillerai pour que le projet assurance maladie universelle qui est dans le programme d’actions que je soutiens, puisse être vraiment une réalité et que les populations commencent à en bénéficier. C’est ce que je fais au nom de la postérité, au nom du plus grand nombre.

Propos recueillis et transcrits par l'Agence de presse (©AfreePress – Mai 2019)

 

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